Nucléaire contre renouvelables : le match !

C’est la question la plus débattue de la transition énergétique, celle qui déchaîne les passions, notamment en France : entre les deux principales sources d’énergie décarbonée, les renouvelables d’une part (hydraulique mais surtout « nouvelles » énergies renouvelables : solaire et éolien), et le nucléaire d’autre part, laquelle est la véritable énergie d’avenir ?

Parce qu’elle tire son énergie essentiellement du nucléaire, et pour le reste en partie de l’hydraulique, la France bénéficie déjà d’une énergie presque entièrement décarbonée, qui plus est à un prix très compétitif car l’électricité de centrales nucléaires amorties est peu chère. C’est une situation presque unique au monde.

C’est d’ailleurs une situation tellement favorable qu’on peut s’étonner de voir que la France a choisi, comme d’autres pays (moins que l’Allemagne mais davantage que beaucoup d’autres), de consacrer des moyens considérables au développement des énergies renouvelables, photovoltaïque et éolien sur terre hier, éolien en mer aujourd’hui. L’approche consistant à investir massivement dans ces secteurs, alors que la France disposait déjà d’une énergie décarbonée, n’était sans doute pas la meilleure utilisation de l’argent public, du moins si on se place du seul point de vue de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre : il est clair qu’en investissant des sommes comparables dans la mobilité, ou la rénovation thermique, ou même l’énergie hors production électrique (la chaleur renouvelable par exemple) on aurait obtenu une diminution de nos émissions de dioxyde de carbone très supérieure.

Les énergies renouvelables présentent d’autres inconvénients. Elles prennent de la place, ce qui sera une difficulté croissante au fur et à mesure que les emplacements disponibles seront occupés. Elles représentent (pour certains) une pollution visuelle. Elles suscitent parfois de fortes oppositions locales, que l’on constate notamment pour les projets d’éoliennes, qui de ce fait tendent à dériver en temps et donc en coûts. Comme nous importons les panneaux photovoltaïques comme les éoliennes sur terre – tous nos investissements, contrairement aux espoirs initiaux, n’ayant guère favorisé l’apparition d’une industrie française – ils dégradent la balance commerciale, même si la moitié des dépenses environ restent localisées en France (pose, maintenance, réseau…) Et elles sont intermittentes ce qui impose des ajustements, et des coûts, au système électrique. Bref, il n’y a vraiment rien de merveilleux dans les énergies renouvelables… sauf si la comparaison les fait apparaître comme « le pire système à l’exception de tous les autres ». Mais est-ce le cas ?

Ce qui est sûr c’est que nous avons peu de raisons de préférer les énergies renouvelables au nucléaire installé et que fermer des centrales existantes, tant qu’elles peuvent continuer à fonctionner, n’a guère de sens : le contre-exemple allemand le démontre largement.

Mais si l’on réfléchit à l’avenir et non au passé, le tableau est assez différent.

Avec tous leurs défauts, et si l’on raisonne de manière dynamique et non en regardant le passé, les énergies renouvelables ont un avantage considérable : c’est que leur prix se réduit considérablement. On estime qu’en moins d’une dizaine d’années la réduction a atteint 2/3 pour l’éolien et 4/5 pour le photovoltaïque. Ces technologies qui paraissaient encore récemment impraticables à large échelle sans subvention massive, sont dans beaucoup de situations devenues en quelques années compétitives par rapport aux énergies fossiles même sans soutien. La réduction devrait se poursuivre même si plus le coût de l’équipement lui-même (le panneau photovoltaïque, la turbine éolienne) diminue, plus son poids dans la dépense totale (par rapport à la pose, au raccordement au réseau, à la maintenance) est faible, moins il existe de marges d’amélioration.

Et, malheureusement, le nucléaire semble parcourir le chemin inverse… L’EPR, le réacteur de nouvelle génération d’EDF, n’en finit pas d’accumuler les déboires à Flamanville. En 2007, le chantier devait durer cinq ans, pour un coût de 3,3 milliards d’euros. Il devrait finalement durer quinze ans, pour une facture estimée à 11 milliards.[1] Pour différentes raisons, notamment la perte de compétences et les exigences croissantes de sécurité, la France ne paraît plus en mesure de porter le « nouveau nucléaire » dans des conditions acceptables de délais et de coûts.

Alors, la messe est-elle dite et le nucléaire va-t-il définitivement disparaître au profit des énergies renouvelables ?

A ce stade de la réflexion chacun peut apporter sa propre réponse basée sur l’analyse mais aussi sur l’intuition car les projections, pour ces deux types d’énergie, comportent encore beaucoup d’incertitudes. Mon sentiment personnel est que les énergies renouvelables seront la principale énergie de de demain mais que le nucléaire a encore un avenir.

D’abord parce que c’est précisément une énergie très complémentaire des énergies renouvelables. Les renouvelables exigent de la place, le nucléaire est concentré dans l’espace. Les renouvelables sont intermittentes, le nucléaire fournit de l’énergie de base (et même de l’énergie pilotable, dans une certaine mesure). Les renouvelables peuvent être installées rapidement et de manière décentralisée, le nucléaire représente des chantiers importants pour des puissances élevées.

Or il est très largement admis qu’un système énergétique est d’autant plus robuste qu’il repose sur différentes sources d’énergie, les avantages des unes compensant les défauts (et éventuellement les défaillances) des autres. Dans cet esprit il est dommage d’opposer le nucléaire aux renouvelables, c’est sans doute la combinaison gagnante de demain !

Et, si l’on revient sur l’histoire, il n’est pas inutile de rappeler que la France consacre chaque année 5 milliards d’euros au soutien aux énergies renouvelables (en grande partie du fait d’engagements pris il y a dix ans ou plus), soit, sur longue période, beaucoup plus que pour Flamanville ! Il serait paradoxal de dépenser une telle somme pour « lancer » l’investissement dans cette énergie nouvelle, ce qui était l’ambition affichée, mais de refuser de dépenser beaucoup moins, non pas pour subventionner les producteurs chinois de panneaux photovoltaïques comme nous l’avons fait pour le solaire, mais afin de permettre la préservation d’une filière industrielle d’excellence française dans le nucléaire. A condition que ce soit bien un investissement dont on attend un retour, à savoir la capacité, à terme à construire des EPR (ou d’autres réacteurs de nouvelle génération) avec une rentabilité économique minimale. C’est cela qui reste à démontrer.


[1] « L’EPR de Flamanville ne sera pas en service avant 2022 »Le Monde 24 juin 2019.

Une réflexion sur « Nucléaire contre renouvelables : le match ! »

  1. Bonjour,
    Je reviens sur votre blog.
    Il serait intéressant d’illustrer un scénario planétaire et des scénarii continentaux ou nationaux, rappelant la diversité des options nationales ou régionales à l’échelle de continent, menant à terme à une convergence donnant aux renouvelables, très matures, l’avantage!
    Car le nucléaire, ou la question de la sécurité, pose le problème de la ressources uranium qui n’est ni renouvelable, ni également répartie à la surface du Globe, ce qui pose un double problème en matière d’approvisionnement, un problème de dépense et un problème de dépendance…
    Mais il faudrait raisonner non pas à l’échelle du 21 ème siècle, mais au delà…
    D’ailleurs, la question n’est-elle pas celle de la sortie du charbon?
    Michel Deprost

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