Peut-on être de droite et écologiste ?

De toute évidence, le changement climatique n’est ni de gauche ni de droite.La science de la Terre est la même pour tous. L’objectif de laisser à nos enfants une planète habitable n’est pas réservé à une partie de l’hémicycle.

Et de fait, la réalité en France est qu’il y a eu une relative continuité entre les gouvernements. Le « facteur 4 » (la nécessité de diviser par 4 nos émissions d’ici 2050) a été affirmée par Jean-Pierre Raffarin en 2003 et confirmée par tous les gouvernements depuis (jusqu’à ce que Nicolas Hulot affiche une ambition plus forte avec la neutralité carbone en 2050). Le Grenelle de l’environnement engagé par Nicolas Sarkozy et François Fillon, et porté par Jean-Louis Borloo, s’inscrivait dans cette perspective (même s’il a pu être critiqué comme insuffisant notamment en raison de l’abandon d’une taxe carbone).

Pourtant, l’écologie politique semble ancrée à gauche du spectre des partis. De ce fait, des objectifs a priori non partisans (réduire nos gaz à effet de serre, préserver nos espaces naturels) sont souvent présentés aujourd’hui comme impliquant nécessairement une politique de limitation de la croissance (ou de décroissance), de réglementation des grandes entreprises ou de la finance, de dépenses publiques et donc de prélèvements publics supplémentaires (par exemple à travers une taxe carbone qui finance des dépenses de transition), autant de mesures généralement associées à des politiques de gauche.

Pour beaucoup de responsables de gauche, on ne réussira pas la transition bas carbone sans « changer la société » : lutter contre le changement climatique devient ainsi un véritable projet politique global, parfois extrêmement radical, et permettant alors (au choix, ou ensemble) d’en finir avec les multinationales, les marchés, les riches, le capitalisme ou encore les États…Sans vouloir remettre en cause la sincérité de telles positions, elles peuvent parfois donner l’impression que l’écologie devient alors un moyen (utiliser l’argument de la transition nécessaire pour des changements plus profonds) plutôt qu’une fin (rechercher les voies les plus efficaces, donc de préférence les plus simples et les moins coûteuses, pour évoluer vers une société bas carbone).

La droite quant à elle est souvent soupçonnée d’être peu sincère et peu enthousiaste dans son engagement écologique :parce qu’elle refuse les taxations, les réglementations, les freins à la croissance que peuvent éventuellement exiger la transition. Il n’est pas exclu d’ailleurs que la droite se détourne de l’écologie en partie parce qu’elle paraît être confisquée par la gauche, et associée à des thématiques qui peuvent servir de repoussoir : la décroissance, le refus du progrès, la fin de la liberté individuelle.

Aux États-Unis en particulier, où l’approche du changement climatique est extrêmement polarisée (les Démocrates veulent agir, les Républicains le refusent et souvent contestent même l’importance ou la réalité du réchauffement climatique), on peut considérer que l’engagement de l’ancien Vice-Président Al Gore a contribué à figer les lignes en faisant de la lutte contre le changement climatique une cause démocrate.

En France, la situation est différente : peu de gens remettent véritablement en question la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre. La question concerne, comme toujours, la recherche d’un équilibre : comment concilier cette volonté avec d’autres objectifs de politique publique. Si l’on peut adresser un reproche à la droite française, ce n’est certes pas de méconnaître les objectifs environnementaux mais plutôt d’être parfois tentée de considérer qu’ils doivent céder le pas à la plupart des autres objectifs.Une taxe carbone serait utile mais elle nuirait au pouvoir d’achat donc on ne peut la retenir. Mieux isoler les bâtiments, passer à la voiture électrique sont des objectifs souhaitables à condition de n’impliquer aucune contrainte et aucun coût supplémentaire pour les Français. Certes il faut manger moins de viande à l’échelle de la planète mais il serait choquant qu’un gouvernement intervienne dans un domaine aussi sensible, et personnel, que l’alimentation, et ainsi de suite… Il s’agit donc plus de définir les lignes rouges à ne pas franchir, qu’une véritable ambition écologique. Un peu à la manière de Nicolas Sarkozy, qui s’est engagé beaucoup plus qu’on ne le dit parfois notamment au moment du Grenelle, mais qui a aussi déclaré en 2010 au salon de l’agriculture, « l’environnement, ça commence à bien faire » pour justifier une approche plus accommodante de ce secteur. 

Je suis moi-même élu Les Républicains, j’ai été membre du RPR et de l’UMP depuis sa fondation, et la question de marier la droite et l’écologie me paraît essentielle. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de ce blog, qui est même un double objectif : imaginer une politique de lutte contre le changement climatique qui soit conforme aux valeurs de la droite, et rendre la droite plus sensible à l’exigence et à l’urgence de la transition.

Je ne vais pas ici détailler ce que sont, ou ce que devraient être, les valeurs de la droite (il faudrait un autre blog pour cela !) mais, pour s’en tenir au champ économique, je suis persuadé qu’il est possible de concevoir une politique écologique fondée sur la croissance et l’innovation, et plus fondamentalement sur le libéralisme et le progrès.

La transition écologique est compatible avec la croissance, en premier lieu, parce que cette transition est en réalité un déplacement : il faut remplacer certains secteurs (les énergies fossiles, les industries polluantes) par d’autres (les énergies renouvelables, les industries vertes). Il s’agit donc avant tout de développer de nouvelles activités et de nouveaux emplois. Sur un point au moins, cette évolution sera d’ailleurs incontestablement favorable à notre économie : en réduisant, à terme jusqu’à zéro, nos importants d’énergies fossiles, nous améliorerons significativement notre balance commerciale, la balance énergétique étant du même ordre de grandeur que notre balance des biens et des services[1] (autrement dit, en supprimant la facture énergétique, nous serions à l’équilibre pour l’ensemble de nos échanges de biens et de services). Nous mettrons également fin à une menace permanente sur la stabilité de l’économie (l’impact des « chocs pétroliers », même s’il est moindre aujourd’hui, reste une préoccupation). Bien sûr cela ne nous apportera qu’une satisfaction relative si la balance énergétique est demain dominée par des panneaux photovoltaïques et des batteries chinoises, et des éoliennes allemandes : d’où l’importance de développer les filières industrielles associées à ces secteurs d’avenir, et pour cela de favoriser la recherche et l’innovation, à travers des programmes tels que les plans d’investissement d’avenir en France.

A tous ces titres, on peut considérer qu’il s’agit d’une stratégie relativement consensuelle. La difficulté vient des moyens (et des contraintes) pour assurer la transition : jusqu’à quel point le gouvernement doit-il introduire des impôts et des normes pour obliger les Français à changer leurs comportements ? Car il n’y aura pas de transition sans contrainte et, si l’on considère le caractère radical des changements qui seraient nécessaires pour certains objectifs affichés (limiter à 1,5°C le réchauffement de la planète par exemple), on peut même imaginer que seul un État extrêmement autoritaire pourrait y parvenir.

C’est là que, de mon point de vue, une approche libérale de la question du changement climatique, non seulement n’est pas un oxymore comme certains le prétendent, mais peut donner les meilleurs résultats.

Plutôt qu’une norme absolue (interdire les voitures à essence, ou les chaudières au fioul), jouer sur les prix, à travers une taxe carbone par exemple, permet d’adapter les comportements progressivement et en permettant les choix individuels. Bien sûr, comme je l’ai expliqué dans cet article, il ne faut pas qu’il s’agisse d’un prétexte déguisé pour accroître le niveau des recettes et des dépenses : et je suis persuadé qu’une taxation écologique ne pourra être acceptée, en France, que de la part d’un gouvernement ayant également un engagement très fort de réduction globale des prélèvements obligatoires.

Dans d’autres domaines, notamment le bâtiment, il faut un dispositif simple, lisible, prévisible, permettant aux Français de faire leurs choix en connaissance de cause mais avec des incitations suffisamment fortes pour assurer la réalité de la transition dans la durée. Pour l’instant nous n’y sommes pas.

Faut-il empêcher les Français de consommer de la viande ? Évidemment pas. Mais puisque nous savons qu’à terme nous devrons évoluer vers un régime comportant moins de viande, qui sera aussi meilleur pour la santé, nous avons beaucoup de moyens pour faire progressivement évoluer l’information, les menus dans les collectivités publiques, et même les prix.

Et enfin le changement climatique occupe à présent une place essentielle au sein de notre diplomatie. La France, et l’Europe, doivent mener une politique de puissance dans ce domaine : pourquoi accepter des efforts de maîtrise de nos émissions de gaz à effet de serre, si c’est pour importer plus de la part de pays qui n’ont pas les mêmes contraintes que nous ? Les États-Unis nous imposent des politiques extra-territoriales (de manière souvent arbitraire), en sanctionnant l’Iran par exemple, pourquoi ne pas utiliser tous les instruments à notre disposition pour faire partager nos normes (ce qui serait parfaitement justifié au regard de la dimension internationale de l’enjeu) ?

A travers ces différents domaines, on voit se dessiner une approche de l’écologie qui soit compatible avec les préoccupations traditionnelles de la droite, et, à dire vrai, avec les attentes d’une majorité de la population : ne pas renoncer à la croissance économique, faire le pari de la technologie et des filières d’excellence (nucléaire, bois, hydraulique, véhicule du futur, hydrogène…), ne pas perdre de vue nos autres objectifs de politique économique (balance commerciale, compétitivité, emploi), réorienter nos dépenses publiques plutôt que les augmenter afin de ne pas alourdir la pression fiscale, s’appuyer sur la science et non l’idéologie ou encore moins la peur, préserver nos traditions en admettant que parfois le bon sens, la simplicité, le « low tech » peuvent être les meilleures solutions (circuits courts, économie circulaire plutôt que solutions complexes impliquant des échanges avec l’autre bout du monde).

Au-delà des approches partisanes, une chose est sûre : nous ne réussirons pas la transition à travers un discours d’empêchement et de renoncement (nous devons nous priver de tout), et les efforts ou les changements de comportements – qui sont indispensables – doivent s’appuyer sur un chemin vers un futur souhaitable : avec des champions nationaux dans des domaines comme le transport, l’énergie propre, et l’agriculture bien sûr, garantissant l’excellence technologique et le maintien des emplois et de l’activité sur notre territoire. Le tout au service d’une vie plus agréable : les voitures électriques demandent moins d’entretien et coûtent moins cher en carburant, les habitations bien isolées sont aussi plus confortables, la fin des énergies fossiles c’est la fin de beaucoup de pollution, et un régime plus sain (moins de viande, de salé, de sucré, plus de légumes) ne ferait pas de mal à la plupart d’entre nous.

Ce futur n’est pas de droite ou de gauche. Il est désirable, tout simplement. Mais ma famille politique – puisque je parle d’elle dans cet article – doit l’embrasser pour ne pas être du mauvais côté de l’histoire, sur la question politique la plus importante pour notre avenir.


[1]« Commerce extérieur de la France – Résultats 2017 », DG Trésor, 8 février 2018.

Une réflexion sur « Peut-on être de droite et écologiste ? »

  1. « je suis persuadé qu’il est possible de concevoir une politique écologique fondée sur la croissance et l’innovation, et plus fondamentalement sur le libéralisme et le progrès. »
    Bien sûr, si l’on parle de croissance et de libéralisme autrement qu’en se référant aux « glorieuses » et d’innovation et de progrès autrement que pour faire « diversion »…

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